NOUVELLE

« ...J’avais peur de rater ma pièce de théâtre. C’était une erreur de prendre le dernier patient si tard. Il est arrivé tendu, mais il avait l’air heureux et ça m’a énervée. Son glaucome passe très vite

à un stade avancé et je pense lui avoir dit qu’il n’y a plus rien à faire. La dernière fois je lui avais parlé d’un sclérecto-iridectomie, je ne sais pas pourquoi. Alors il a mis tout son espoir dans cette opération. Aujourd’hui, quand je lui ai annoncé que je ne pourrai plus le faire, il était terriblement perdu. Il faisait des aller-retour dans le cabinet (tandis que je m’occupais à son dossier en attendant qu’il se dépêche de partir). Puis iI a cru comprendre que j tai refusé

l’opération pour avoir de l’argent. Il est parti sans rien dire en laissant une liasse de billets sur

la chaise où il accroche toujours sa veste.

 

J’étais lourde de tristesse et de confusion. II me semble qu’autrefois j’aurais fait plus attention. A force de voir des yeux malades et suppliants, je commence à les mépriser. Ca me fait peur. Je n’ai donné aucune explication à ce patient, je m’inquiétais seulement à savoir comment arriver à

temps au théâtre alors que il restait là avec son air confus, ses hésitations, ses questions et ses propositions d’argent.

 

Il y avait quelque chose d'apocalyptique dans I’air quand j’ai quitté l’hôpital ce soir. La ville était couverte d’une lumière couleur grise, la ville me paraissait trop calme. C’était sans doute mon état de vide. Je voulais qu’il reste jour - pour errer, pour penser, avec l’espoir secret de revoir le patient dans quelque part dans la rue. J’ai étais envahi par trop de calculs et de suppositions si

bien que j’ai oublié le patient. J’avais mal aux yeux. Près du métro un fou a essayé de voler

mon argent. Une tension bizarre a rempli tout mon être. . .

 

Extrait du journal de l’ophtalmologue

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